Le gouvernement britannique réclame le mérite d’avoir enfin pris des mesures contre le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) en Iran. Cela mérite quelque chose, même si très peu.
Lundi, la ministre travailliste de l'Intérieur, Shabana Mahmood, a décrit le CGRI comme une menace pour la sécurité nationale. Cette décision intervient après des années d’avertissements, plus de 20 attaques potentiellement meurtrières soutenues par l’Iran depuis 2022 et une récente vague d’attaques antisémites en Grande-Bretagne. La nomination tardive en vertu de la nouvelle loi de 2026 sur la sécurité nationale (menaces de l'État) reflète la paralysie de Westminster face à la menace iranienne.
Cela ne veut pas dire que cette étape n’a aucune valeur. Maintenant que le CGRI a été désigné comme une menace à la sécurité nationale, les procureurs chargés des affaires impliquant des criminels à gages n’ont plus à prouver dans tous les cas un lien avec une puissance étrangère. Soutenir le CGRI, fournir un soutien matériel ou en bénéficier peut désormais être puni d'une peine de 14 ans de prison. Tout sabotage commis en son nom peut entraîner la perpétuité. La police et le Crown Prosecution Service (CPS) accueilleront favorablement ces outils.
Cependant, contrairement au discours du gouvernement, le CGRI n'a pas été complètement interdit en tant que groupe terroriste. La différence entre ce terme et le terme « sécurité nationale » est significative. En vertu de la loi sur le terrorisme de 2000, la simple appartenance à une organisation interdite constitue une infraction pénale. Cela inclut la sollicitation de soutien pour un groupe interdit, la promotion imprudente d’un soutien et l’affichage de drapeaux ou d’insignes dans des circonstances qui donnent lieu à des soupçons raisonnables de soutien.
La nouvelle loi sur la sécurité nationale ne contient pas d'infraction pénale équivalente pour l'adhésion ou les badges. Et son « infraction d’assistance » ne s’applique que si les procureurs peuvent prouver un « but interdit » préjudiciable à la sécurité ou aux intérêts du Royaume-Uni. Les ministres ont rejeté les amendements qui auraient supprimé cet obstacle supplémentaire et couvert les actions autodirigées inspirées par une organisation spécifique telle que le CGRI.
L’Iran trouvera une grande marge de manœuvre dans cet écart. Le CGRI est à la fois une puissance militaire, une agence de renseignement, un sponsor de groupes terroristes étrangers et un mouvement idéologique. Son travail en Grande-Bretagne va au-delà de l'embauche d'un pyromane ou de la reconnaissance de l'appartement d'un journaliste. Les commandants du CGRI ont prononcé des discours devant des étudiants britanniques en utilisant le langage du martyre et de la guerre apocalyptique. Les centres et réseaux liés à l'Iran transmettent l'antisémitisme et la politique révolutionnaire islamiste du régime dans les communautés locales. Une loi rédigée autour d’actes hostiles ordonnés a du mal à s’adresser, par exemple, au volontaire qui absorbe et promeut cette idéologie sans recevoir d’ordre de Téhéran.
L’objectif pratique est encore plus restreint. Les agents des renseignements iraniens en poste sous couverture diplomatique peuvent bénéficier de l’immunité de juridiction pénale, et le système d’enregistrement des influences étrangères (FIRS) exempte spécifiquement les responsables étrangers agissant en leur qualité officielle. La Grande-Bretagne peut expulser ces responsables, rejeter les diplomates de remplacement et fermer les installations utilisées comme bases d'opérations, mais nommer leur organisation mère ne renonce pas à l'immunité diplomatique en vertu de la Convention de Vienne.
À l’autre bout de la chaîne, les recrues disponibles à Téhéran pourraient déjà être confrontées à la loi sur le terrorisme, à la loi sur la sécurité nationale et au droit pénal général. Le CPS peut les accuser d’incendie criminel, de surveillance, d’ingérence étrangère ou d’assistance à un service de renseignement étranger. La nouvelle désignation facilitera l'application de la loi dans certains cas, mais ne modifiera pas les conditions de concurrence.
Les pouvoirs du papier dépendent également de quelqu'un qui les utilise. L’Iran et toutes ses autorités sont au « niveau renforcé » du FIRS depuis mars 2025. Sauf exemption, tout employé embauché par Téhéran doit enregistrer une telle activité sous peine d’une peine de cinq ans de prison.
Il y a également une omission flagrante dans l'annonce du gouvernement : celle du ministère iranien du Renseignement et de la Sécurité (Vevak). Elle relève déjà du FIRS et des délits d'espionnage existants, tandis que sa direction de la sécurité intérieure est soumise aux sanctions antiterroristes du Royaume-Uni. Pourtant, le ministère tout entier est absent de cette nouvelle désignation de menace pour l’État.
Il s'agit d'une erreur importante. Le Vevak est l'une des plus grandes agences de renseignement du Moyen-Orient, avec des effectifs de quelques dizaines de milliers de personnes et des stations à l'étranger abritant des agents déclarés et non déclarés. Il a probablement plus d’expérience que le CGRI dans des environnements moins violents.
Le Vevak est particulièrement dangereux en Grande-Bretagne. Il opère avec des diplomates, des cyber-équipes, des trafiquants de drogue et des gangsters embauchés. Ses agents peuvent voler des données de voyage, cartographier les déplacements d'un dissident, recruter un intermédiaire et attendre. Le CGRI fait la une des journaux, mais le Vevak dispose d’un savoir-faire supérieur pour les rues européennes.
Les ministres devraient classer le Vevak sous la même désignation que le CGRI. Il devrait également combler les lacunes des fins interdites, publier les chiffres de l’application du FIRS et mieux financer les personnes chargées de transformer les lois en condamnations pénales.
Rien de tout cela ne signifie que les Gardiens de la révolution ne constituent pas une menace. Mais cette répression tant médiatisée ne fera pas grand-chose pour freiner l’influence de l’Iran, ni pour arrêter la terreur et l’extrémisme qui ont tourmenté la Grande-Bretagne ces dernières années. Les paroles dures des travaillistes arrivent trop peu et trop tard.
Andrew Renard est un officier à la retraite du Parachute Regiment, Senior Fellow de la Henry Jackson Society et co-animateur de Le bord Podcast.
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