Avec le président Emmanuel Macron à la barre, l’establishment politique français s’emploie à rendre les institutions étatiques « à l’épreuve du Pen ». Il s’agit d’une tentative pour garantir que Marine Le Pen ou Jordan Bardella du Rassemblement national, s’ils devenaient président, ne soient pas en mesure d’exercer beaucoup de pouvoir.
Macron et ses acolytes s’inquiètent, à juste titre, de la menace que font peser sur leur pouvoir les populistes de droite du Rassemblement National. Selon les sondages d'opinion, un candidat du Rassemblement national a de bonnes chances de remporter l'élection présidentielle française de 2027. Dans l’état actuel des choses, il s’agirait du président du parti Jordan Bardella, puisque Marine Le Pen n’a actuellement pas le droit de se présenter à la présidence après avoir été reconnue coupable de détournement de fonds du Parlement européen – bien qu’elle fasse appel de cette condamnation.
En réponse, Macron et son équipe tentent actuellement de neutraliser l’impact d’une éventuelle présidence au Rassemblement national. Ils encouragent ceux qui occupent actuellement des postes clés dans l'État français à démissionner et à nommer leurs propres personnes à leur place. Comme Les temps note que les alliés de Macron seront nommés à la tête de toutes les institutions de l'État, depuis les forces armées jusqu'à la Banque centrale, la Banque de France. Les titulaires de ces postes bénéficient généralement d'une protection contre le licenciement pendant cinq à sept ans.
Jusqu’à présent, Macron a déjà remplacé le chef des forces armées françaises par Fabien Mandon, son ancien conseiller militaire personnel. Dans une nouvelle tentative de limiter l’influence d’un président de l’Assemblée nationale sur la politique française, Macron a également lancé un remaniement majeur de 60 postes d’ambassadeurs.
Par ailleurs, Pierre Moscovici a démissionné de la Cour des comptes, l'organisme soi-disant indépendant qui supervise les dépenses du gouvernement. L'alliée de Macron et ministre du Budget, Amélie de Montchalin, prendra sa place. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a démissionné 18 mois avant la fin de son mandat et Macron est actuellement en train de choisir son successeur. Et l’année dernière, Macron a nommé son ami proche Richard Ferrand à la tête du Conseil constitutionnel. Tout cela a pour but de désensibiliser ceux qui supervisent les finances et les affaires juridiques de l'État à l'influence potentielle du Rassemblement national.
Macron espère ainsi priver son potentiel successeur populiste de toute véritable autorité présidentielle. Comme Le Pen lui-même l’a dit : « Ce à quoi nous assistons est un coup d’État administratif dans lequel un président… tente d’empêcher le prochain gouvernement d’agir en installant ses amis dans tous les coins de l’État. » Le but de ces nominations, a expliqué Le Pen, était d’empêcher un président populiste de « gouverner le pays comme le souhaite le peuple français, en créant un État dans l’État fidèle uniquement à l’Élysée ».
Les médias pourraient appeler cela « l’épreuve Le Pen ». Mais il est préférable de l’entendre comme une « déclaration démocratique ». Il s’agit d’une tentative d’isoler les institutions clés de l’État de toute forme de responsabilité et de contrôle démocratiques.
Ce projet visant à garantir la démocratie n’est guère sans précédent. Dans de nombreux pays occidentaux, les gouvernements tentent de contourner la démocratie représentative en confiant la prise de décision aux institutions étatiques et à d’autres organes non élus, du pouvoir judiciaire aux organisations internationales. Grâce à ces unités « indépendantes » composées d'experts, les sujets controversés sont dépolitisés et transformés en questions techniques ou commerciales. Les acteurs concernés présentent leur « indépendance » par rapport à la politique représentative comme une vertu, une source d’autorité morale.
Toutefois, cela signifie réellement que ces organes sont indépendants de l’électorat. Vous n'êtes pas responsable.
Macron va encore plus loin. Avec son programme de protection contre Le Pen, il tente de garantir que les responsables des institutions de l'État soient isolés non seulement de l'électorat, mais également du gouvernement élu. Ce n’est rien de moins qu’un scandale démocratique.
Frank Furedi est directeur général du think tank MCC-Bruxelles.
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